Dessiner et équiper de nouveaux lieux pour apprendre

Dessiner et équiper de nouveaux lieux pour apprendre

Dans un billet précédent, j’évoquais l’émergence de nouveaux lieux pour apprendre, correspondant mieux aux désirs des apprenants d’aujourd’hui, et aux enjeux de leurs apprentissages. Plusieurs recherches et retours d’expérimentation nous donnent les critères auxquels ces lieux doivent répondre.

On apprend avec tout son corps … donc l’environnement physique doit répondre à ses besoins

C’est un nouvel espace dans le centre de formation, et tout a été prévu : pc connectés, tables pour des échanges en sous groupe, canapé et sièges confortables … Pourtant, assez vite, on s’y sent mal. L’espace alloué est insuffisant ; il est difficile de se mouvoir et le bruit est gênant.

De nombreuses études, citées par le document de l’OCDE sur l’environnement physique d’apprentissage ont prouvé le lien entre les conditions environnementales et la qualité des apprentissages. Le bruit, la température, la qualité de l’air, la ventilation et l’éclairage sont pointés comme des éléments impactant … « Tout apprentissage a lieu dans un environnement physique dont les caractéristiques physiques sont quantifiables et perceptibles ». (6, 1. Educause. La psychologie de l’environnement de travail).

« Il y a un lien entre l’attractivité physique et l’éclairage d’un espace et la motivation et la réussite de ceux qui s’y trouvent », ainsi que le prouvent les recherches mentionnées par Nancy Van Note Chism dans le e-book « Learning spaces » (Educause, 2006).

Quelques critères fondamentaux d’apprentissage

Voici une liste, qui ne prétend pas être exhaustive, des éléments physiques d’apprentissage auxquels il convient d’apporter la plus grande attention :

  1. Les fondamentaux

    Lumière, qualité de l’air, de l’acoustique, température agréable, eau à volonté, confort, possibilité de bouger … Ce sont les besoins fondamentaux du cerveau pour bien fonctionner, et aucune technologie ne pourra y suppléer. La qualité de l’éclairage, l’insonorisation, sont ainsi des éléments à soigner particulièrement. On voit ici, à l’ISEN, les rideaux insonorisant qui permettent d’isoler un petit groupe au sein d’un grand plateau.
    espaces insonorisés
    Et aussi les dispositifs fixés au plafond.

    rouleaux insonorisants
    Ces aménagements permettent à des activités différentes de se dérouler en un même espace, sans se gêner, avec des possibilités de croisements, rencontres, reconfigurations…

  2. L’espace : volume et flexibilité

    Trop de proximité physique peut engendrer le sentiment d’une violation de l’espace personnel, et générer de l’irritabilité. Nos amis apprenants introvertis éprouveront le besoin de s’isoler de temps à autres pour réfléchir et revenir ensuite vers le groupe. Il sera nécessaire de reconfigurer facilement le lieu pour l’adapter aux activités. Il n’existe pas en effet de configuration type qui conviendrait à tous les besoins.

    C’est pourquoi les cloisons mobiles sont adoptées par les concepteurs, ces cloisons étant elles-mêmes des supports pour réaliser et visualiser les productions des apprenants. Voir par exemple cette description des learning labs sur Educpro.fr, ou encore celle du learning lab et du media lab de la Faculté Catholique de Lille.

  3. La beauté

    Il y a quelques années, j’ai rencontré le dirigeant de centre allemand de formation d’apprentis. Nous avons échangé sur les manières de lutter contre la démotivation des apprentis, et contre les dégradations des locaux. La réponse que son CFA avait apporté, c’était la beauté. Sans grands moyens, ils ont paysagé des salles, des couloirs, ajoutant ici un éclairage, là une touche de couleur. Et ils ont constaté un grand changement de comportement des jeunes. Car le message que leur envoyait le lieu avait changé.

    Sur l’impact des couleurs sur la communication et les apprentissages, voir cet article passionnant et bien documenté de Mario Barros Becerra sur les recherches en psychologie des couleurs dans « Job Alternative ».

    Des pistes peuvent aussi être recherchées du côté des parfums, qui adressent directement notre cerveau limbique sans passer par le champ de notre conscience. Voir par exemple cet article de « Cerveau et Psycho ».

  4. Flexibilité et connectivité

    Toutes les configurations doivent être possibles dans cet espace : écouter un expert en grand groupe, en présentiel ou en vidéoconférence, rechercher et exploiter des informations, échanger et produire en petits groupes, en utilisant des moyens manuels ou des outils digitaux de travail collaboratifs, travailler seul …

    L’attention des concepteurs doit donc se porter sur toutes les composantes :
    – les murs, les couloirs. Ecrire sur les cloisons mobiles, plaquer sur la cloison aimantée le tableau sur lequel le groupe a écrit à l’horizontal ..
    – le mobilier, souvent difficile à déplacer. Tout, y compris l’ emplacement étudié des sources de lumière et d’électricité, permettront des reconfigurations rapides.
    – et les équipements numériques. Un Wi-fi insuffisant, des pc immobilisés par un câblage en filaire, et voilà la pédagogie active et connectiviste mise à mal…

    Pour faciliter les apprentissages, ce sont les relations qui sont au centre, et non la technologie. Mais, dans le même temps, il n’est plus concevable de faire sans la technologie, parce qu’elle donne de fabuleuses possibilités d’enrichir les interactions, l’accès aux ressources, la capitalisation des productions…

    Or, bien souvent, dans les lieux actuels de formation, la technologie a été plaquée sur des configurations anciennes. Même si elle ne sera pas forcément mobilisée dans toutes les activités, la technologie doit être intégrée en version « plug and play », facile d’utilisation. On retrouve ainsi dans ces espaces des vidéos projecteurs à courte focale liés à des applications de tableau numérique interactif, des systèmes permettant d’afficher de n’importe où l’écran d’un ordinateur, des plateformes collaboratives permettant de co-élaborer des documents…. Dans tous les cas, une connectivité parfaite devient un fondamental.« Ouh là là ce n’est pas pour nous, cela va coûter trop cher, on ne peut pas faire du neuf dans une vieille boîte … » pensez vous peut-être.

    Les propos de Danish Kurani dans sa vidéo TED pourront vous rassurer. Même si la technologie est d’un puissant apport, elle n’est pas au cœur de la réussite du projet.

    Au cœur, il y a l’implication des utilisateurs, enseignants, formateurs, apprenants. « Il ne faut pas trop investir, et il faut faire le plus possible par soi-même », nous disait récemment Jean-Charles Cailliez, Vice-Président de l’Innovation et du Développement à l’Université Catholique de Lille. Car « faire par soi-même » et « faire avec » sont de bons moyens pour que tous s’approprient le nouvel espace…

    Et pour que le projet réussisse, c’est-à-dire que cet espace favorise l’engagement, la coopération, la créativité, l’agilité …c’est l’innovation pédagogique qui sera première, et non l’investissement matériel. A suivre …

 

Source : http://www.formation-professionnelle.fr/2016/09/05/dessiner-et-equiper-de-nouveaux-lieux-pour-apprendre/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+blog-formation-professionnelle+%28Le+blog+de+la+formation+professionnelle%29


Comments are closed.