Social learning, apprentissage social, de quoi parle-t-on ?

Social learning, apprentissage social, de quoi parle-t-on ?

Nous autres humains sommes des êtres sociaux. S’il n’est pas au contact d’autres humains, le petit d’homme ne devient pas humain – et passé un certain temps, il ne peut plus acquérir certaines de ses caractéristiques, comme la parole articulée, par exemple. Dans ce sens, tous les apprentissages sont « sociaux », qu’ils se fassent au contact direct de l’autre ou via un média, imprimé ou numérique. Cependant, l’expression « social learning » ou « apprentissage social » revêt une signification particulière, qui a évolué avec les apports du digital.

 

L’observation et l’imitation, actes premiers de l’apprentissage social

Dans les années 70, la théorie de l’apprentissage social d’Albert Bandura met l’accent sur l’importance de l’observation et de l’imitation des comportements, attitudes et émotions des autres. « Apprendre serait excessivement laborieux, pour ne pas dire périlleux, si les gens devaient seulement s’appuyer sur les effets de leurs propres actions pour en tirer des informations sur ce qu’il faut faire.
Heureusement, la plus grande partie du comportement humain est appris par l’observation et le « modelage » (modelling).

Selon la théorie de Bandura, l’apprentissage social est donc un apprentissage par observation. « Il se distingue des autres formes d’apprentissage par le fait qu’un comportement peut être appris sans être effectué et, a fortiori, sans que l’individu ne subisse aucun renforcement » (Carnets2Psycho, op. cit.) Les observations de comportements qui semblent performants sont encodées, et servent ultérieurement de guide pour l’action. Ceci suppose l’enchaînement de trois processus :

  • les processus attentionnels,
  • les processus de représentation, c’est-à-dire d’élaboration d’un « modèle interne », pouvant conduire à des « conduites plus élaborées que celles observées »,
  • les processus de production, de » guidage de l’action par les représentations symboliques ».

Un modèle a plus de chance d’être imité si l’observateur le perçoit comme proche de lui.
Nous n’observons pas seulement les comportements des autres, mais aussi les conséquences qu’ils semblent avoir. Si le modèle reçoit un renforcement positif, et que le sujet anticipe ce même renforcement pour lui-même, s’il exécute le comportement appris, il y a plus de probabilité pour que le comportement soit exécuté. Bandura parle alors de renforcement vicariant. Encore faut-il que le renforcement ait une valeur pour le sujet, et qu’il fasse le lien entre son propre comportement et le renforcement reçu. Ainsi, si j’attribue mes résultats à un facteur que je peux contrôler (un manque d’entrainement), j’obtiendrai de meilleures performances que si je l’attribue à un facteur incontrôlable (« je ne suis pas douée »).

Notre comportement crée lui-même un environnement pour autrui. C’est donc un ensemble d’interactions réciproques qui forme l’environnement « social » dans lequel les apprentissages adviennent.

La puissance du social learning

Frédéric Domon, dans le  livre blanc « Social Learning » co-écrit avec Harold Jarche, cite les travaux de Richard J. Legers (Harvard School of Education), qui démontrent que « l’un des facteurs les plus importants de réussite dans l’enseignement supérieur est la capacité des étudiants à former et/ou participer à des petits groupes d’études. » Au sein du groupe, chacun est à la fois « apprenant » et « enseignant », ce qui permet d’obtenir plus d’éclaircissements, et de mieux comprendre en formulant des explications.

J’ai moi-même expérimenté la puissance du social learning lors d’un travail de groupe au sein de l’unité d’enseignement du même nom sur le Master MFG (Ingénieur de la e-formation) de Rennes 1. Sous l’astucieuse facilitation de Samuelle Dilé, les identités des groupes se fédèrent, les mécanismes d’entraide et de collaboration se mettent en place, pour une production finale de grande qualité. Cette expérience m’a aussi fait prendre conscience du « changement de paradigme » que représente l’apprentissage social.

Un changement de paradigme

Tiphaine Liu décrit ainsi notre paradigme éducatif classique – « newtonien » :

« L’esprit humain est à la naissance une tablette vierge
La connaissance émerge à partir d’association de stimuli
Le monde perçu par l’esprit en l’absence d’instruction est chaotique et confus
Le savoir doit être élaboré dans l’esprit humain par l’instruction »

En découle une pédagogie du « savoir programmé » (la « progression pédagogique »), centrée sur le maître « modèle à suivre », de l’effort, individualiste et compétitive.

Le social learning vient bouleverser ce cadre de référence.

En tant qu’apprenant, je choisis de porter mon attention où je veux, en fonction de mon histoire, de mon projet, de ce qui fait sens pour moi. Dans le groupe, je suis tantôt « apprenant », tantôt « sachant ». C’est au fil des problèmes à résoudre, du livrable à produire, que se manifestent les connaissances et savoir-faire à acquérir. L’individualisme est contre-productif : ce qui compte, ce n’est plus d’être le « bon élève » qui saura intelligemment reformuler un contenu, mais d’apporter aux autres une contribution opportune, en vue de la production d’un livrable commun.

Drôle de renversement de perspective !

Et le digital vint…

Forcément, le digital, et les possibilités qu’il nous donne en terme de partage d’information et de co-construction, vient changer la donne. « De même que le préfixe «e »  a été ajouté dans les années 90 pour se référer aux versions en ligne des activités (e-commerce, e-learning…), le mot « social » est ajouté aujourd’hui pour créer des termes qui désignent l’usage des outils sociaux dans ces activités. […] Inévitablement, le mot « social learning » a été inventé pour désigner l’usage des outils sociaux dans l’éducation et la formation » écrit Jane Hart dans « Social Learning Handbook 2014 ». Et une grande partie des outils figurant dans sa liste des « 100 premiers outils (digitaux) pour l’Education » sont des outils sociaux, facilitant le partage, la collaboration, la communication…

Ainsi, selon Frédéric Domon cité par Le Nouvel Economiste, « le social learning peut être considéré comme le développement des savoirs, des aptitudes et attitudes, par la connexion aux autres (…) via les médias électroniques synchrones ou asynchrones ».

Attention cependant : « bien que les outils sociaux peuvent rendre l’expérience d’apprentissage plus puissante, l’apprentissage social n’exige pas l’usage des outils sociaux, et l’usage de ces outils ne signifie pas forcément que l’apprentissage aura lieu » écrit Jane Hart.

Il y a donc des conditions à l’émergence des apprentissages sociaux dans un groupe, dans une organisation.

 

Source : http://www.formation-professionnelle.fr/2016/11/07/social-learning-apprentissage-social-de-quoi-parle-ton/?utm_source=feedburner&utm_medium=email&utm_campaign=Feed%3A+blog-formation-professionnelle+%28Le+blog+de+la+formation+professionnelle%29


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